Creuser le noir corporate et en faire sortir une lumière, une vérité blafarde sur tous ces suckers.

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"Fin de siècle"...

A défaut de faire quoi que ce soit qui le distingue, lui, du troupeau, chacun se rassure en se disant qu'ils vit une époque forcément "hors-norme". La banalité fait encore plus peur que la mort. Alors plutôt que de constater la banalité et le sordide de l'époque, on crie à la fin de l'histoire et à l'écroulement général. Fukuyama, Maffesoli, les cautions intellectuelles ne manquent pas. Les plus zélés artisans du grand vide égalisateur adoptent eux-mêmes ce discours. Après l'amer constat de son inanité personnelle, on doit donc rétablir le score en professant qu'au moins l'époque est dramatiquement formidable. Plus de criminel, plus de victime, que des témoins.

L'écroulement n'est pourtant probablement que localisé, caractérisé par la déréliction occidentale, l'emballement sur-aliénant du libéralisme, l'isolement socio-affectif de l'individu, ce genre de choses. Alors plutôt que de se casser le cul à trouver un élan susceptible de recomposer une communauté humaine efficiente, et ipso facto de dépasser les pesanteurs morales et politiques qui empuantissent nos petites micro-sociétés, ce qu'on appelle encore avec la dernière ironie les "élites" (politiques, économiques, médiatiques, artistiques), entretiennent le marasme et s'accrochent à leur rente de situation. De fait, on se recroqueville sur un tribalisme confortable, par avance excusé par 200 ans de Lumières et validé par les dernières études "sociologiques" parues dans Santé Magazine ; on se complaît dans des poses fatalistes affligées, le haussement d'épaule chronique entérinant la prise de conscience par l'individu de sa misérable dimension subatomique, on se goberge d'un relativisme simili-humaniste dont l'efficacité "sociétale" est inversement proportionnelle à la poisseuse hypocrisie intellectuelle qu'il dissimule (mal) ; on adore adopter toute lecture millénariste et apocalyptique des évènements les plus meurtriers comme les plus anodins, on érige son quotidien en indicateur social, et sa crise hémorroïdaire en mini-révolution. Au mieux se vautre-t-on avec "fierté" dans des luttes d'arrière-garde et des escarmouches périphériques.

Entre un folklore festif abyssal et la politique faisandée de papa, l'alternative est plombée.

Le 11 septembre, le crash du disque dur, l'exclusion sociale, Fight Club, l'horreur économique, la migraine, le terrorisme islamiste, l'encéphalite spongiforme, la pollution, le mal de dos, la grève des balayeurs de guichets postaux, le pneu crevé, le chômage de longue durée et les règles douloureuses, sont donc les signes d'une affliction "post-moderne" généralisée qui écrase l'occidental sous son poids, les trés vendeurs "fléaux de l'époque". Des journalistes sans thème et des écrivaillons sans talent amassent des centaines de pages là-dessus, chroniqueurs de la vacuité de l'époque autant que de la leur propre, radoteurs reader's digest noyant de pertinents constats dans un pâteux gruau socio-psychanalytique, simples dictaphones enregistrant le bruit de fond et l'exponentiel brouhaha inepte de leurs contemporains, notaires en baskets griffées tenant les minutes de non-évènements primordiaux, étouffant quelques éclats de lucidité dans un torrent kaléïdoscopique de modes et de styles éphémères, érigeant le vulgaire en signe des temps et avilissant le signifiant en anecdote branchouille, le tout continuellement rapporté au refrain apocalyptique de "la fin de l'histoire", "le chaos nous cerne", etc... On se branlotte en se disant que tout fout le camp - certes - mais que tout fout le camp "comme jamais auparavant". L'excuse est un peu légère. La démission qu'elle masque finira pourtant certainement par s'auto-valider.