Creuser le noir corporate et en faire sortir une lumière, une vérité blafarde sur tous ces suckers.

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Ariel Wizman est une parfaite illustration de la déréliction ambiante, du syndrôme de la "vedette", de la compromission érigée en plan de carrière, de la perversion moisie des médias et de la fascination glauque qu'ils exercent sur leurs agents. Avoir lu Lévinas ou fréquenté les cours de philosophie de la Sorbonne ne préparait en rien ce gnome crypté à la sanctification cathodique, et on mesure le chemin parcouru depuis la lecture d'"Ethique et Infini" jusqu'aux plateaux cliniques de canal + où il psalmodie une longue enfilade de questions vides et de blagues creuses depuis des années, sourires convenus, soupe chaude et clins d'oeil complices. Pourquoi s'en cacher ? La télévision est l'activité la plus facile et la plus lucrative qui lui soit accessible, dit-il lui-même. Trop bête pour jouer en bourse ? Fantastique époque où l'on peut énoncer crânement qu'on tient surtout à se faire un maximum de fric en se foulant un minimum, sans pour autant être immédiatement conchié par les "masses" laborieuses ou les "élites" intellectuelles, toutes prosternées qu'elles sont les unes et les autres devant la transmutation du plomb oxydé en plaqué or télévisuel.

Wizman collabore donc avec le ministère de l'industrie, lequel collabore bien évidemment avec le SNEP et les majors affiliées, clientèlisme de poupées gigognes et inféodations en série. Au terme de cette chaîne de prostitutions financières, donc, un trublion gominé qui s'est déjà fait l'une des figures habituelles de la hype parisienne, autant dire un référent du vide. Wizman, qui revendique l'aussi fréquent que stupide statut de "touche-à-tout" artistique, autant dire la satisfaction de peu et l'amour du superficiel ; Wizman qu'on dit parfois cultivé mais qui ne balance généralement que des références musicales ou littéraires sans intérêt ni racine, avec autant d'à-propos que dans ses prétendus mixes de selector à pétasses ; Wizman parfaitement creux et néanmoins assoiffé de reconnaissance, (la plus populaire au travers du petit écran, la plus grotesque dans les clubs parisiens). Parce qu'en parfait symptôme de son milieu métastasé, Wizman veut la reconnaissance quelle que soit sa qualité, quelle que soit sa consistance. Il souhaite le statut de vedette, l'icônie et la présence médiatique, même la plus dérisoire, Grosse-Tête ou Radio-Nova, au pire un télé-achat voire un audiotel, dieu nous garde de le croiser un jour en animateur de franprix. Pas étonnant non plus que ce symptôme ait croisé le science-potocard Beigbdegeder ou le grand bourgeois Edouard Baer dans leurs pérégrinations noctambules de bobos désabusés et cyniques, club des merdeux eighties. Le dandysme comme vernis à la vacuité opportuniste, la meute des chacals rabougris bavant d'ambition et d'aigreur au constat de leur inanité.

Ces starlettes "plurielles" s'étalent parce qu'elles n'ont précisément aucune consistance particulière. Leur ego leur sert de voile, une énorme prise au vent qui les pousse là où ils seront les plus utiles à la fascination des foules. Avec le cinéma en ligne de mire bien sûr, cette fabrique à fictions hébergera bien la leur tôt ou tard (une pellicule stockée témoignera qu'ils ont existé). Presque logiquement, Wizman met donc sa voix fluette au service des grandes maisons de disques ; une entité propriétaire paie et use de l'une de ces innombrables icônes médiatiques, lesquelles ne sont là que pour ça, et ne demandent pas mieux. Wizman, comme les autres, n'est qu'une interface, un pré-texte, une coquille vide, une biographie ridicule et un vague pantin médiatico-pitoyable, une parfaite illustration des golems en veste mauve au service d'un asservissement totalisant que la télévision ou ici les grandes maisons de disques s'emploient à établir, en concertation. Aucune intégrité ni la moindre cohérence dans ce petit être, mais la seule satisfaction "d'en bien ou en mal faire parler de lui", l'excuse par excellence des médiocres. Un projecteur sert avant tout à éclairer l'inexistence de sa cible, une caméra en retransmet l'image. Les actes n'ont plus qu'à suivre. Moisissure à liseret doré, ourlet à l'anglaise et gel dans les cheveux : c'est le bon petit soldat du mois.