Creuser le noir corporate et en faire sortir une lumière, une vérité blafarde sur tous ces suckers.

Archives

Wizman, avant même d'avoir été utilisé par le Ministère de l'Industrie Musicale, par le SNEP, par la SCPP, avait déjà signé il y a quelques temps un papier merdique dans Epok, où il explique en substance que le téléchargement gratuit correspond à un capitalisme sauvage dans un premier temps, "surconsommation et caprice irraisonné", puis à un communisme paupérisateur dans un second temps, "partage forcé et étals vides". Syllogisme inopérant, démonstration vide, pétition de principe, et moralité d'emprunt. Il est savoureux de lire cet ancien apologiste branché de l'abolition du travail, du dandysme désintégré, de la nonchalance surfeuse, de l'easy-listening pleutre, et autres manifestations lamentables du Caprice Consumériste, s'élever aujourd'hui contre les adolescents qui téléchargent audio et vidéo depuis leur piaule à longueur de soirée, parfois même à 20h10 pétantes.



Wizman, ou la Désinvolture à Géométrie Variable.

Outre l'amalgame des illustrations politiques donc, ce petit pantin définitivement instrumentalisé par l'industrie du disque reproduit donc la vomitive sous-propagande des majors qui voudraient identifier leur intérêt financier et l'intérêt économique des artistes qu'elles produisent. Que Wizman, mégaphone gominé aux ordres de ses mandants ministériels ou industriels, se renseigne plus avant sur le taux des redevances versées aux artistes dans les contrats d'édition, qu'il s'interroge peut-être sur la nature des intérêts qui sont rééllement menacés par l'échange gratuit d'oeuvres sur internet. Ce sont les intermédiaires industriels qui voient leur monopole structurel remis en cause, et par la même occasion leurs filtrages artistiques battus en brêche, d'une part par les artistes qui adoptent de nouveaux modes de diffusion débarrassé des intermédiaires, et par un public qui profite naturellement d'une révolution technologique à sa disposition d'autre part. Est-ce qu'une marionnette téléstarisée s'est déjà posé la question des enjeux du réseau internet si ce n'est un accès généralisé et systématique à une masse d'informations dont aucune barrière technique ne peut contenir la circulation ? Pas vraiment. On lit juste que les internautes téléchargeurs doivent "fournir un effort", et qu'il est juste et sain de payer 80 % d'un prix d'acquisition à un intermédiaire économique qui usurpe le rôle de "découvreur de talents", de "développeur d'artiste", pour rentabiliser ses coûts de production. Pascal Nègre a expliqué sans complexe que le bénéfice commercial était le moteur et l'aiguillon de sa "politique artistique" et de ses choix commerciaux, mais il continue à ouvrir sa gueule contre le téléchargement pirate qui "menace la filière culturelle".

Wizman écrit sans rire que ces responsables des réseaux p2p sont d'obscurs "yuppies" s'échangeant des disques durs entiers pendant leur partie de golf - il a dû rompre le contact avec la réalité, et y a des coups de putter dans le cul qui se perdent. Les auteurs des logiciels libres dont relèvent le plus souvent les p2p sont généralement nombreux et isolés, et qu'ils n'ont rien d'un conseil d'administration en goguette jouant les Tiger Woods avec les carrières des artistes. Il y a une grosse différence entre Niklas Zennstrom et Sharman Networks. Qu'Arrivist-Man se figure, pendant quelques secondes de lucidité non égotiste, qu'il dépeint surtout là les dirigeants des Majors pour lesquelles ils se fend d'articles idiots dans la presse branchouille. Qu'il se renseigne un peu avant de répéter ce qu'on lui dicte.

"Trublion" démago aux abois, qui préfère apparemment une foule disciplinée et parfaitement identifiée dans les colonnes comptables d'Universal Vivendi, à une "masse capricieuse" qui commet l'affront de remettre en question un schéma économique monopolistique et abusif parce que la technique le lui permet aujourd'hui. Glossateur de papier glacé, qui confond accumulation propriétaire et acquisition culturelle, pour y aller de son couplet de morale libérale. Non, désolé, ça n'est pas une quelconque voracité des téléchargeurs qui va menacer l'artiste et ses créations à terme, mais la maison de disque qui intègre celles-ci dans un catalogue à rentabiliser, et décide des modalités d'écoute et de diffusion, à son seul et unique avantage. Comment gober le discours selon lequel les maisons de disques veulent sauvegarder les "intérêts" des artistes quand on constate que leur stratégie les conduit notamment à organiser des incompatibilités de formats pour constituer des clientèles captives et favoriser des ententes inter-groupes ? Comme les opérateurs de téléphonie contraignaient le possesseur d'un mobile à recourir à un fournisseur d'accès unique et obligatoire, les plateformes de p2p payant confortent un monopole économique.

La stratégie d'appropriation réside non pas dans le téléchargement sauvage, mais uniquement dans la transformation du but en moyen, l'intégration d'une oeuvre dans un processus économique dont la finalité n'est plus tant sa diffusion dans le public que la valorisation de l'investissement réalisé. Dans la constitution des catalogues verrouillés et la négation corrélative des prérogatives les plus simples du public, comme la copie privée. Vous n'écouterez plus de musique, vous écouterez du sony. Voilà ce que Wizman promeut, sans rien y comprendre lui-même. Voilà pourtant l'organisation économique la plus susceptible d'étouffer la production artistique, pas par asphyxie des revenus, mais par appauvrissement des gènes.

Les majors ont une stratégie simple :

- la constitution de catalogues de "produits" en guise de production,
- la capture de clientèle en guise de distribution,
- la crispation procédurière en guise de protection,
- le moralisme agressif en guise de communication.

Voir les maisons de disques apposer des verrous techniques sur les oeuvres vendues dans le commerce et restreindre les droits dont disposaient jusqu'à présent les consommateurs, voir les maisons de disque adresser des assignations à tour de bras pour punir les impudents downloaders pirates, voir les maisons de disques refuser en bloc le système de la licence légale, pourtant seul susceptible de permettre la rémunération des artistes et des intermédiaires en tenant compte de la spécificité d'internet, voir les maisons de disques tartiner leur propagande hargneuse et faire des doigts à leur propre clientèle, constater la prétendue "exemplarité judiciaire" recherchée par ces entités monopolistiques depuis qu'elles ont échoué à faire du p2p ou du mp3 des technologies illégales en soi, voir les maisons de disques usurper la fonction de protection des droits des artistes alors que ceux-ci trouvent aujourd'hui le moyen de s'émanciper des lignes éditoriales et des stratégies marketing de quatre Majors de l'entertainment, tous ces constats sont donc, selon Wizman pantin myope, moins inquiétants pour la création, moins destructeurs pour la culture, que de voir le public user des technologies à sa disposition pour accèder y accèder en court-circuitant un schéma économique vampiriste pluridécennal.

Les amalgames de Wizman sont éthiquement à pleurer, et intellectuellement à hurler de rire. "Petit soldat" récite une doxa économiste avec tout le zèle dont ce genre d'icône média est capable, doxa pourtant démentie en chiffres par Jupiter Research ou Forrester. Il reprend une thèse qui sert de Souriant-Plan-Com pour les industries qui défendent leur embonpoint planétaire. Il accuse simultanément l'internaute téléchargeur de prédation anti-artistique ultra-libérale puis de collectivisme destructeur anti-économique, bref il agite tous les épouvantails disponibles dans l'arsenal mis à sa disposition par Pascal Nègre et ses affidés. Wizman prétend donc s'exprimer sur un sujet dont il dit finalement qu'il n'est "ni pour ni contre", et régurgite avec zèle un faux discours quasi-sophiste et obscurantiste, économiquement faussé.

Wizman déplore "la possession sans jouissance", "l'accumulation sans compréhension", l'ennui existentiel et le déséspoir consumériste ? Mais qu'il regarde en direction des entités économiques auxquelles il a décidé de prêter sa voix ou de louer sa plume grotesque, pour trouver les responsables et principaux rentiers de cet état de fait.

J'emmerde ce "désir" quasi-aristocrate que Wizman croit "ruiné" par le téléchargement. J'emmerde son élitisme de commande, et la gène qu'il dit être la sienne depuis qu'il a enregistré son leurre. J'emmerde ses prophéties désertiques. Wizman, qui souhaitait il y a peu dans les colonnes d'un magazine people, que "l'industrie du disque se casse la gueule", aura donc fini de retourner sa veste mauve d'amuseur public. Factotum à paillettes et à éthique soldée.



Pour reprendre un passage de son amusant petit leurre mp3, on peut demander à Wizman

"alors, pourquoi continuer à vous exposer ?"
"alors, pourquoi continuer à vous exposer ?"
"alors, pourquoi continuer à vous exposer ?"
"alors, pourquoi continuer à vous exposer ?"...